
Des millions d’euros de dégâts, des rues dévastées, une image et une réputation traînées dans la boue… Lors des émeutes de Marseille, les casseurs du samedi 17 octobre ont semé la désolation dans leur sillage. Devant sa boutique TOC, Marie-Ange, la directrice de ce magasin d’articles culinaires résume la situation en deux mots : – Cassé, vidé. Ils ont tout cassé et vidé. Ils sont allés jusqu’au coffre-fort qu’ils ont descellé du mur ! » s’exclame ce petit bout de femme énergique. « Vous vous rendez compte que dimanche matin, je suis revenue tôt pour constater l’étendue des dégâts. Il y avait une mère qui disait à ses enfants ‘prends ça, et tu prends ça… vas-y, prends-moi ça ‘. Je lui ai dît : – Mais t’as pas honte ?! C’est ça que tu apprends à tes enfants ? A voler ? Elle ne m’écoutait même pas ! ».
« Emeutes de Marseille, un climat de guerre civile »
Assise à la table d’un restaurant où elle est venue faire le point d’une matinée passée au téléphone, Nicole Richard-Verspieren, présidente de l’association des commerçants du centre-ville de Marseille martèle : – On ne peut pas continuer comme ça… On est au bord de la guerre civile ». Nicole Richard Verspieren, par ailleurs membre titulaire à la chambre de Commerce et d’industrie, a été reçue en préfecture à 15 heures ce lundi après-midi comme tant d’autres figures de ce centre-ville en lambeaux. Selon elle « rien n’est plus important aujourd’hui que la sécurité, garantir la sécurité est la condition sine qua non pour éviter le chaos. L’Etat a été défaillant, il doit se reprendre, l’Etat doit assurer ce pour quoi il existe ! » Une commerçante en prêt-à-porter confie avoir mis 5 personnes en chômage partiel ; elle ne décolère pas : – Avant, on craignait pour la marchandise ; maintenant, on a peur pour nous ». Nicole Richard Verspieren confirme : – En 2023, lors des émeutes, nous avions tiré le rideau et nous nous étions réfugiés au premier étage du magasin. Nous nous sentions alors en sécurité. Samedi dernier, nous nous sommes enfuis, nous avions peur pour notre sécurité ! C’est du jamais vu ! Samedi matin, nous n’avons pas vu une seule voiture de police prendre la rue de Rome. Clairement, les forces de l’ordre étaient en sous nombre ».


A quelques rues de là, la rue Glandevès et le restaurant les Bavards de Thomas Niquet. Ce dernier, comme d’autres, offre un repas aux commerçants voisins. Il pleut des cordes, et beaucoup se réfugient chez lui pour parler, d’abord, déjeuner, ensuite. « Ce que nous vivons est très dur, je suis très inquiet pour notre sécurité et celle de nos salariés. Sabrina travaille en cuisine chez nous, samedi à la fermeture du restaurant, vers 14 heures, elle s’est retrouvée face à 10 mecs cagoulés, elle a eu la peur de sa vie ». Thomas a fui le centre-ville samedi après-midi. Un voisin lui a téléphoné quelques heures plus tard pour lui dire qu’il avait mis en fuite trois hommes qui tentaient de forcer le rideau de fer de son restaurant. « Samedi soir, lorsque je me suis couché, j’étais animé par un sentiment de culpabilité, je regrettais de ne pas avoir payé les services d’une société de sécurité privée ». Emeutes de Marseille
Marie-Ange est catégorique : – On va se retrousser les manches, ils ne gagneront pas, le centre-ville se relèvera. Ne faisons pas l’amalgame avec les simples manifestants, je parle des casseurs, des voleurs, des pilleurs. Je leur dis : on refera vivre notre centre-ville ».
Lettre ouverte d’un restaurateur marseillais
« Trouver démocratiquement des accompagnements et des solutions concrètes pour encourager les entrepreneurs en France. Dès dimanche matin, j’ai sollicité par mail une réunion avec : le préfet, le maire, ses services santé-environnement et commerces, le directeur départemental de la DDPP notamment (…) Je souhaite que toutes ces personnes qui ont fait le choix, comme moi, d’endosser d’importantes responsabilités, viennent se mettre autour de la table d’un de mes restaurants. Je leur demande de se positionner du côté des entrepreneurs ou des pilleurs car aujourd’hui, il n’y a plus de juste milieu.
« Toutes ces institutions, ces organismes administratifs de contrôle ont mon nom, mon prénom, mes adresses professionnelles, j’attends leur appel téléphonique. Je travaille 7/7 jours, je peux les recevoir le samedi, le dimanche (…)
‘Aujourd’hui, c’est tout un ensemble économique qui est touché par ces actes de vandalisme, des commerces, des restaurants, des cafés, des fournisseurs… Ce sont des entrepreneurs et leurs salariés qui sont touchés avec beaucoup de personnes menacées de chômage technique. Certains entrepreneurs ont tout perdu en une soirée. Nous avons subi ces dernières années une multitude de hausses des prix, l’électricité, l’essence, les matières premières, l’augmentation du Smic… Beaucoup de commerçants ont du mal à se payer, à se rémunérer correctement eu égard à leurs nombreuses heures de travail, sans compter les risques financiers que nous prenons et pour lesquels nous sommes caution personnelle. Avec les émeutes de Marseille, ce sont des familles entières qui vont subir les dommages collatéraux d’une éventuelle faillite ou liquidation judiciaire.
« On va résister, reconstruire »
« Dans le commerce en général et dans la restauration en particulier, on a déjà au quotidien beaucoup de paramètres à gérer et à prendre en compte. Aujourd’hui, on travaille avec la peur, et celle de nos salariés, de tout perdre. J’attends du soutien, de l’entraide de la part des institutions, de la clientèle, des partenaires avec qui on travaille au quotidien. À titre personnel, j’apporte tout mon soutien à mes collègues restaurateurs qui depuis dimanche sont privés de leur outil de travail. Je reste à leur disposition pour apporter mon aide, prêter du matériel, passer du temps pour qu’ils puissent se remettre en activité au plus vite. Je leur propose d’utiliser mes cuisines ou mon restaurant pour accueillir leurs clients sur certains services. Je leur mettrai à disposition mon restaurant gratuitement.
« Il y a encore de belles valeurs en France, on va résister, on va reconstruire, on va continuer à avancer ».
Thomas Niquet – restaurant les Bavards, rue Glandevès, Marseille 1er arr.


► La Meilleure Partie, biscuits à suivre.- Djilali Berrahou a 29 ans. Ce jeune entrepreneur marseillais a eu l’idée géniale de commercialiser des cornets de gaufrette remplis de chocolat. « Cette idée m’est venue lors d’une soirée entre cousins quand ma nièce a insisté pour finir le cône de ma glace », dit-il. Flairant la bonne opportunité, Djilali a décliné sa gamme en 5 références : cornet 73% choconoir, 39% chocolait, 31% chocoblanc, un blanc pistache et un blond caramélisé. Jamais en reste d’une bonne idée, le fondateur de « la Meilleure partie », réfléchit à commercialiser des roses des sables croustillantes enrobées de chocolat fondant. Du mordant et une bonne humeur à toute épreuve, Djilali Berrahou est sur tous les fronts, de la production à la commercialisation. Ses cornets sont en vente en grandes et moyennes surfaces et les débuts sont déjà très prometteurs !

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