Restaurants en Provence

Annaïck Czizek et Richard Lepage, le duo gagnant du Grand Puech

Entre Aix et Marseille, il est un massif forestier dense, une petite route qui grimpe à plus de 500 mètres d’altitude pour atteindre un village baigné de verdure. Mimet semble en marge du brouhaha urbain, de l’énergie des autoroutes et offre une parenthèse de bonheur, au calme. Est-ce le village qui a séduit Richard Lepage ou cette bâtisse, à flanc de falaise, construite au XIXe siècle ? Un peu des deux certainement et c’est en hôte délicieux que Richard accueille une clientèle d’habitués à l’image de Frédéric qui y a son couvert. Cinq années après son installation au Grand Puech, Lepage a parié sur la jeune Annaïck Czizek. Bien lui en a pris ; depuis 2013, la jeune femme gagne en technicité et en créativité.

A la carte, le magret de canard gravlax-copaux de légumes de saison ou le ceviche de daurade de Méditerranée au pamplemousse rose et taboulé de quinoa donnent le ton. Le dos de cabillaud basse température-aïoli et jus de bouillabaisse ou le suprême de pintade fermière en ballotine farce fine à l’orange sanguine et épices montrent qu’ici, moins qu’ailleurs en ville, on prend les choses à la légère.
A midi, la formule déjeuner revendique une crème d’asperges-poireaux nouveaux. Bien que servie chaude, cette entrée affiche une jolie fraîcheur issue des grains d’anis infusé. Une tartine de pain comme une chips apporte le croustillant et l’énergie dans cette composition classique. Comment épater les foules avec une bavette rôtie sauce aux oignons rouges ? En choisissant une viande à la tendreté parfaite, en y associant un goût immodéré pour les jus et en accompagnant l’ensemble d’une écrasée de rattes au goût de noisette beurrée. On espérait bien manger, on aura trouvé de la joie. Alors faut-il y aller ? Oui car le café gourmand (sorbet litchi et cerise, la pana cotta et le cube de brownie au chocolat) confirme l’exigence de fraîcheur qui surgit à chaque coin de carte. Annaïck s’amuse, cogite, mitonne ses ardoises avec un enthousiasme flagrant. Au-delà d’un apparent clacissisme, le Grand Puech colle à l’air du temps dans tout ce qu’il revêt de plus sympa. Faut-il regretter le départ de Richard Lepage de son Bistrot Gambas marseillais, un certain matin de 2008 ? Certainement pas car l’air des cimes lui a particulièrement bien réussi…

Le Grand Puech, 8, rue Saint-Sébastien, 13105 Mimet ; résas au 04 42 58 91 06.
Formules déjeuner 16 et 20 €. Menus 28, 34, 38 et 49 €. Carte 53 €.

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Nécrologie

Jean-Paul Passédat n’est plus.- Le père du chef Gérald Passédat est décédé ce mercredi 10 août à l’âge de 88 ans, dans son sommeil, à son domicile de Marseille. Jean-Paul Passédat était le deuxième maillon d’une chaîne dont les premières attaches datent de 1917. Germain Passédat, père de Jean-Paul et grand-père de Gérald, est alors propriétaire d’un bar-tabac. Un matin, par hasard, une baronne entre dans le bar pour utiliser le téléphone et informer son notaire de la mise en vente de son bien arrimé à la roche blanche de l’anse de Maldormé. «Pas la peine de chercher, je vous l’achète», aurait lancé Germain Passédat. La saga familiale s’écrit ensuite avec la création d’un restaurant qui aura la mer et les îles du Frioul pour décor. La villa Corinthe est débaptisée et devient Le Petit Nice pour attirer une clientèle huppée, la ville des Alpes-Maritimes étant alors très à la mode. Germain s’installe avec sa femme, Lucie, cantatrice et muse des frères Lumière, les inventeurs du cinématographe, dont des photos ornent les murs du restaurant. Des célébrités comme Pagnol ou Fernandel hantent les lieux qui, à la mort de Germain, sont repris par son fils Jean-Paul. Chanteur d’opéra, il tourne le dos à sa carrière pour se consacrer à la gastronomie avec sa femme Albertine. Il transforme le Petit Nice en hôtel de standing, creuse une piscine d’eau de mer, et gagne une étoile au Michelin en 1977 puis une seconde en 1981. À l’aube du nouveau millénaire, son fils unique Gérald Passédat revient dans le giron familial et décroche sa 3e étoile en 2008 avec une cuisine radicalement différente de celle de son père. Jean-Paul, lui, continuera à vivre au Petit Nice dans lequel il avait un appartement.