Influences Magazine

"Le restau de l'avenir, c'est le food bar"

Le restaurant, tel que nous le connaissons et le fréquentons aujourd’hui, a-t-il un avenir ? Pour être iconoclaste, la question est légitime tant on sent poindre des glissements de comportements qui doivent alerter la profession. Les soirées Mix en Bouche, les nuits du Rooftop des Terrasses du Port, la création du dernier restaurant d’Arnaud Carton de Grammont, le succès de la Relève, du Bongo (« on ne voulait pas faire un restaurant » dixit Tania et François), les galères d’un nombre croissant de tables Michelin (pour ne citer que ce guide) et l’incroyable succès des adresses formatées Fooding suffisent à prendre conscience qu’il se passe quelque chose dans nos assiettes. Benoît Chevalier, fondateur des soirées Mix en Bouche, nous livre son analyse de la situation…

montage mix en boucheBenoît Chevalier, qui es-tu ? J’ai 41 ans, je suis passionné par la « bouffe et la musique ». Je suis un épicurien frustré qui a dû organiser ses propres événements pour répondre à ses envies (Mix en bouche, NDLR).

Tu dis que le resto traditionnel a vécu… Le modèle du restaurant comme on l’a connu avec ses codes, ses guides, l’apparition des plateformes d’avis de clients entraînent une mutation de fait. Le restaurant est cuit.

En quoi se transforme-t-il ? Les habitudes de consommation ont changé, il suffit de voir évoluer les trentenaires ! Désormais, le client veut (bien) manger mais aussi chercher à nouer des contacts, à écouter du son. Le client vient avec ses potes dans un mouvement de réseau, de tribu. La clientèle ne veut plus entrer, s’asseoir et lire une carte, elle s’ennuie. Elle veut manger sur un coin de table, se lever, aller et venir, s’apostropher et boire un verre de (bon) vin. A mon sens, le restau de demain, c’est le food bar… Regardez, Robuchon ne s’y est pas trompé !

Quelles sont les causes de cette mutation ? La crise économique a comprimé les dépenses. Jadis, on buvait l’apéro quelque part, on mangeait ailleurs, on allait danser encore ailleurs. Le temps d’un repas des heures à table est révolu ; le talent des patrons d’établissement réside dans l’équilibre.

Et l’alimentation dans tout ça ? Dans ces schémas, le produit est au coeur de tout. Avez-vous remarqué combien il est difficile de manger une assiette de qualité pour pas cher ? Trop de restaurateurs, pris en tenailles par des obligations économiques, négligent la qualité. Voulez-vous qu’on parle de celui qui, promettant un poulet fermier, sert un poulet élevé en batterie ? Il faut le dire et le répéter : s’il n’y a plus de bons produits, il n’y aura plus de restaurants.

Si tu ouvrais un restaurant demain, quel serait-il ? Ce serait une adresse monoproduit au top de la qualité, ou alors je ferais de la restauration événementielle. Je pense qu’on doit oublier le plat exceptionnel et revenir au produit exceptionnel.

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Nécrologie

Jean-Paul Passédat n’est plus.- Le père du chef Gérald Passédat est décédé ce mercredi 10 août à l’âge de 88 ans, dans son sommeil, à son domicile de Marseille. Jean-Paul Passédat était le deuxième maillon d’une chaîne dont les premières attaches datent de 1917. Germain Passédat, père de Jean-Paul et grand-père de Gérald, est alors propriétaire d’un bar-tabac. Un matin, par hasard, une baronne entre dans le bar pour utiliser le téléphone et informer son notaire de la mise en vente de son bien arrimé à la roche blanche de l’anse de Maldormé. «Pas la peine de chercher, je vous l’achète», aurait lancé Germain Passédat. La saga familiale s’écrit ensuite avec la création d’un restaurant qui aura la mer et les îles du Frioul pour décor. La villa Corinthe est débaptisée et devient Le Petit Nice pour attirer une clientèle huppée, la ville des Alpes-Maritimes étant alors très à la mode. Germain s’installe avec sa femme, Lucie, cantatrice et muse des frères Lumière, les inventeurs du cinématographe, dont des photos ornent les murs du restaurant. Des célébrités comme Pagnol ou Fernandel hantent les lieux qui, à la mort de Germain, sont repris par son fils Jean-Paul. Chanteur d’opéra, il tourne le dos à sa carrière pour se consacrer à la gastronomie avec sa femme Albertine. Il transforme le Petit Nice en hôtel de standing, creuse une piscine d’eau de mer, et gagne une étoile au Michelin en 1977 puis une seconde en 1981. À l’aube du nouveau millénaire, son fils unique Gérald Passédat revient dans le giron familial et décroche sa 3e étoile en 2008 avec une cuisine radicalement différente de celle de son père. Jean-Paul, lui, continuera à vivre au Petit Nice dans lequel il avait un appartement.