
Portée par un boom gastronomique sans précédent, Marseille se savoure autant qu’elle se visite. Pourtant, sous cette vitrine appétissante, la multiplication des restaurants, adresses de junkfood, dark kitchen et coffee-shops bouleverse l’équilibre des quartiers, fragilise le commerce de proximité et interroge la viabilité d’un modèle devenu dominant.
Marseille est devenue une destination touristique gastronomique. Pas un mois sans que les organes de presse mainstream ne titrent sur cet eldorado des foodistas qui, à les en croire, ont trouvé leur bonheur dans la deuxième ville de France. Le centre-ville de Marseille serait devenu l’incarnation d’une ville cool ouverte au tourisme, avec une offre authentique, une ville qui se découvre autant qu’elle se savoure mais faut-il s’en réjouir ? Car au-delà de la vitrine Instagram et le va-et-vient des livreurs Uber Eat se cachent nuisances et incertitudes.
A en croire la Fédération Marseille Centre, la place croissante des activités de restauration dans le centre-ville et les noyaux villageois a complètement remodelé le paysage commercial « de façon particulièrement visible. C’est à ce point criant qu’on peut s’interroger sur la viabilité de ce modèle (…) Il y a une vingtaine d’années, le tissu était très diversifié. Il y avait du prêt-à-porter, de la déco, des chausseurs, des arts de la table, des bijoux. L’essor du e-commerce entraînant le déclin du commerce de détail, et la nature ayant horreur du vide, ce sont les commerces de bouche qui ont pris le relais », explique-t-on chez Marseille Centre. Les restaurants, les snacks et autres coffee-shops ont apporté de la nouveauté et un maintien apparent de l’animation commerciale en ville, générant un intérêt flagrant pour les touristes mais si la pompe touristique s’arrêtait, qu’adviendrait-il de toutes ces enseignes ?
Un numerus clausus pour le centre-ville de Marseille ?
La multiplication de l’offre induit une intensification de la concurrence ; « à cela il faut ajouter les loyers commerciaux très élevés » dixit Bernard Marty, mais également le poids des charges, des normes, des salaires… « C’est un secteur très contraint », estime le président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) des Bouches-du-Rhône. Jamais ouvertures et fermetures n’avaient atteint un tel rythme effréné : à Vauban, « le café de quartier » Muso a été inauguré en septembre 2025 et annonçait, fin décembre, sa fermeture pour être transformé en logements ! Se pose aussi la question des rues monothématiques à l’instar des rues Glandevès ou Haxo où cafés, restos et snacks sont sur-représentés « et dès 15h-16h, ce n’est qu’une succession de rideaux baissés et plus personne n’a envie d’emprunter une rue vide », se désole un habitant.
Au micro d’ici-Provence, Nicole Richard-Verspieren, commerçante rue de Rome et vice-présidente de la CPME 13 ne dit rien d’autre : – Avec le taux de vacance commerciale et le turn-over des commerces, d’une saison sur l’autre, il y a des rues qui changent complètement de physionomie ce qui n’est pas normal. Ce n’est pas un bon signe économique ». Chez Marseille Centre, on avance des pistes de réflexion : – La pérennité passe par la diversification de l’offre et la régulation pour préserver les équilibres commerciaux. Une rue 100% monothématique, ce n’est jamais bon, il faut retrouver les équilibres ». Réguler l’espace public dans le centre-ville de Marseille ? Voilà le nouvel enjeu pour les municipalités, fraîchement élues ou reconduites…
Alors, pour lutter contre les espaces monothématiques, pourquoi ne pas envisager un numerus clausus ?





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