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Au château de Mazan, Michaël Lefrileux, l’autre Divin marquis

Michaël Lefrileux

La famille de Sade possédait deux châteaux, l’un à Mazan, l’autre à Lacoste. Donatien préférait Lacoste. C’est injuste car le château de Mazan est une majestueuse demeure signée des frères Franque à qui l’on doit les plus beaux hôtels particuliers d’Avignon. Incrusté dans son village, le château jouit d’un jardin et d’un bassin transformé en « lieu de baignade » ; c’est un lieu idéal pour déjeuner ou dîner, une maison au sens noble du terme à (re)découvrir le temps d’un week-end ou de vacances au pied du Ventoux. Michaël Lefrileux n’avait jamais quitté sa Normandie natale, c’est dire si le propriétaire de Mazan, Franck Jaulneau, et le directeur de l’hôtel, Paul Alexander Campbell, ont su trouver les mots justes pour convaincre ce cuisinier de 33 ans de s’installer ici. Passé par le Grand hôtel de Cabourg où il a exercé pendant 8 ans, Lefrileux rêvait d’un poste de chef. Il l’a obtenu.

« Je suis tombé des nues devant la richesse de ce terroir, les cochons élevés en liberté de Monteux, le foie gras, les pigeons, les fruits et légumes… C’est une folie. Je vais faire de Mazan une vitrine de tous les produits qu’on peut trouver à 150 km à la ronde », explique le chef suivant en cela les préconisations de son propriétaire. Et puis Lefrileux n’est pas venu tout seul, il a convaincu Marc Alberola, maître d’hôtel à Cabourg, de venir avec lui et s’est attaché les talents de Camille Tardieu, au poste de chef pâtissier, qui « avait envie d’être créative sans limite ».

Clair de lune sous les mûriers
Dîner à Mazan, c’est s’installer en terrasse sous les mûriers. Tous les codes terrifiants d’une gastronomie pesante et ringarde ont été jetés aux oubliettes ; on est à la campagne en mode total cool, le service est gentil, prévenant et joyeux. D’un côté la fontaine avec son mascaron au gargouillis incessant et, de l’autre, le jardin au pied des escaliers. Si on s’inquiétait de la capacité d’un Normand à épouser les codes provençaux, on est rassuré : la truite de l’Isle-sur-la-Sorgue est fumée au bois d’olivier, la fricassée d’escargots du Mont Ventoux s’accompagne d’une pulpe de chou-fleur gratiné-crème d’ail et cake éponge au persil, le carré et pied de cochon s’accorde d’un crémeux d’artichauts camus-poivrade barigoule et croustillant au foie gras jus corsé.

La salade de petit épeautre de Sault aux asperges vertes et olives de Nyons s’accompagne d’un œuf parfait écume de lait de chèvre infusée au foin. C’est paysan jusqu’au bout de la fourchette et correspond aux ambitions du chef : « la cuisine doit parler à tout le monde ». Suit un merlu de ligne poché-poulpe snacké jus d’arêtes-écrasée de pommes de terre à l’huile d’olive et citron-fèves et olives sautées. On se croirait sur le marché de Velleron ou à celui de Coustellet. Les compositions sont aromatiques et empreintes de fraîcheur. Le terre-mer joue à fond sa partition gourmande tout en légèreté avec une présence saline appuyée plutôt agréable. Les fraises à cru et le sorbet citron-basilic cerise agastache donnent le sourire : le dîner sonne juste, sans prétention mais avec beaucoup de finesse. Un petit dernier pour la route ?  Un riz de Camargue au lait aux abricots secs et citronnelle accompagné d’un granité de muscat de Beaumes-de-Venise qu’on aurait préféré servi à part et non pas avec.

château de Mazan

Alors faut-il réserver sa table au château de Mazan ? Oui si on est un amoureux du patrimoine et oui si on aime les déclinaisons autour d’un même produit. Oui si on aime la simplicité et l’humilité alliées à l’éducation d’une équipe qui a lesouci de bien faire. Oui parce qu’ensuite, dormir sur place, c’est un kiff total. Oui enfin pour le rapport qualité prix tout à fait satisfaisant. Ah, cette année, pour cause de changement de chef, Mazan a perdu son étoile au guide rouge. Tant mieux, seuls viendront ceux qui aiment manger.

Château de Mazan, 8, rue Napoléon, 84380 Mazan ; infos au 04 90 69 62 61. Formules 36-44 et 42-50 €.
Archives, le château de Mazan en 2016, ici.

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Aix-en-Provence

Jean-Luc Le Formal n’est plus. 2002-2022, le  plus breton des chefs provençaux a mis 20 ans dans la cité du Roy René pour gravir tous les échelons de la notoriété. Las, ce samedi 3 décembre, le cœur de Jean-Luc Le Formal a décidé de siffler la fin de la partie. Au Grand Pastis qui lui avait demandé s’il avait des regrets, Le Formal avait répondu : – Je n’en ai pas. Il faut assumer ce qui a été fait car on ne peut plus revenir dessus ». Fort de sa devise, « Profiter du moment présent à 100%, vivre et partager sa passion », Jean-Luc Le Formal a vecu pleinement pour la cuisine avec une douleur et une incompréhension : le mutisme du guide rouge à son encontre. Généreux dans le verbe et en actes, solidaire et confraternel, Le Formal tire définitivment le rideau sur son restaurant de la rue Espariat. En ces journées pénibles, chacun pensera à Yvonne sa compagne ; une cérémonie sera célébrée à Aix, jeudi 8 décembre.
Son interview au Grand Pastis.

Marseille-Cassis

EXCLUSIF. – C’est bien le chef des Roches Blanches, Alexandre Auger, qui succédera à Dominique Frérard au piano du restaurant les Trois Forts du Sofitel Marseille-Vieux-Port. Auger est arrivé à Cassis le 7 juin 2021 et devrait en partir tout début janvier 2023. Avant d’acter son départ, deux soirées seront organisées dans le 5 étoiles cassidain les 15 et 16 décembre. Le 15 décembre, Alexandre Auger et Randy Siles, chef costaricien, créateur du concept « Agro-Marino », serviront un dîner à 4 mains sur la thématique « Agro-Marino ». Le 16 décembre, le cuisinier Randy Siles s’associera cette fois au chef italien Gabriele Boffa, 2 étoiles au guide rouge, originaire du Piémont en Italie, pour un dîner à 4 mains. Valentin Fabry, chef pâtissier des Roches Blanches, quant à lui, proposera deux desserts uniques pour clore subtilement ces deux rendez-vous sur une belle note sucrée… Et dire au-revoir au chef Auger. Emule de Yannick Alléno avec qui il a travaillé au Meurice, Auger a aussi dirigé la brigade du Sofitel Faubourg, rue Boissy d’Anglas (Paris VIIIe), voisin de l’Elysée.

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Marseille

Le lycée hôtelier de Marseille Bonneveine a soufflé ses 40 bougies le 29 novembre 2022. L’établissement de formation a annoncé qu’il sera renommé du nom de Jean-Paul Passédat, décédé le mercredi 10 août dernier, à l’âge de 88 ans. Ce 29 novembre, Gérald Passédat, est venu rappeler que son père avait compté à l’époque parmi les plus fervents soutiens de la création d’un lycée hôtelier à Marseille. Le président de la région Sud, Renaud Muselier, figurait parmi les invités.

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