Marseille Restaurants en Provence

La Coudée, le bel canto du style bistrot

Clément jouit d’une des plus jolies vues sur la place de l’opéra, la terrasse de la Coudée voisinant avec les arbres récemment plantés et le temple de la musique sur le fronton duquel il est écrit que « L’Art reçoit la Beauté d’Aphrodite, le Rythme d’Apollon, l’Équilibre de Pallas et doit à Dionysos le mouvement et la vie ». Le mouvement chez Clément, c’est celui du coude, d’où le nom de son bistrot à vins, permettant (dans une rotation naturelle et pourtant éminemment technique), de porter le verre de vin aux lèvres.
Sommelier de profession, Clément garde en lui, chevillée au corps, l’idée qu’un bon repas s’appuie sur deux piliers : l’assiette et le verre. Il a aussi compris que le client doit être bichonné avec sincérité sans quoi, le client, par nature infidèle, ne reviendra pas. Avec deux formules pour le déjeuner, le restaurateur promène son ardoise de table en table, notant avec application qui souhaite des rillettes de thon-tartare de tomates basilic ou une salade grecque, un burger de pulled pork-coleslaw pommes grenailles ou une tomate farcie au riz de Camargue et légumes.

Et tant pis si on spoile la fin du sujet mais économisez vos forces car il faudra absolument vous compromettre avec l’opéra chocolat ou la mousse au chocolat. Pour accompagner l’œuf mayo, Clément recommande un rouge léger, frais et gouleyant, un provence « Terre d’Esclans », un vin nature étonnant par sa vivacité qui tient tête à la mayonnaise citron et au paprika fumé. Attention cependant, finir son verre risque de vous inciter à le remplir à nouveau… Le tartare de bœuf au couteau s’accompagne de frites fraîches bien faites et d’un mesclun vinaigrette. Et lorsque les assaisonnements s’imposent, il faut faire appel à un vigneron atypique, Bruno Debon en l’occurence, qui dégaine un rosé, 100% grenache (Calanque, 2021) issu de son micro domaine de 2 hectares, à Châteaudouble, dans le Var. Structuré et identitaire, un vin-bijou de pertinence.

Rien à redire sur cette mousse au chocolat 79%, sans sucre, un dessert pour les adultes qui enfonceront le clou avec un maury, signé Marc Barriot (les Quilles libres, clot de l’Origine), dont vous raffolerez des arômes de pruneau confit et de la fraîcheur bienvenue sur le dessert.
Alors faut-il réserver sa table à la Coudée ? Oui bien évidemment car le rapport qualité-prix (18 et 25 € au déjeuner) mérite toute notre dévotion. Oui encore pour le service hyper rapide, l’idée étant de permettre à ceux qui n’ont qu’une heure, de manger en 35 minutes et de profiter du reste de leur temps libre. Oui encore pour l’esprit libre et simple de l’adresse qui, plus qu’un bistrot, se révèle véritable bar à vin, haut lieu de dégustation combinant le bon goût dans l’assiette et le verre à la fois. On n’a pas trouvé mieux dans le périmètre.

La Coudée, 6, rue Corneille, Marseille 1er ; infos au 04 91 54 15 23. Midi 18 et 25 €. Vins au verre de 4 à 5 € (190 références, parfois jusqu’à 9 ou 10 € le verre).

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Nécrologie

Jean-Paul Passédat n’est plus.- Le père du chef Gérald Passédat est décédé ce mercredi 10 août à l’âge de 88 ans, dans son sommeil, à son domicile de Marseille. Jean-Paul Passédat était le deuxième maillon d’une chaîne dont les premières attaches datent de 1917. Germain Passédat, père de Jean-Paul et grand-père de Gérald, est alors propriétaire d’un bar-tabac. Un matin, par hasard, une baronne entre dans le bar pour utiliser le téléphone et informer son notaire de la mise en vente de son bien arrimé à la roche blanche de l’anse de Maldormé. «Pas la peine de chercher, je vous l’achète», aurait lancé Germain Passédat. La saga familiale s’écrit ensuite avec la création d’un restaurant qui aura la mer et les îles du Frioul pour décor. La villa Corinthe est débaptisée et devient Le Petit Nice pour attirer une clientèle huppée, la ville des Alpes-Maritimes étant alors très à la mode. Germain s’installe avec sa femme, Lucie, cantatrice et muse des frères Lumière, les inventeurs du cinématographe, dont des photos ornent les murs du restaurant. Des célébrités comme Pagnol ou Fernandel hantent les lieux qui, à la mort de Germain, sont repris par son fils Jean-Paul. Chanteur d’opéra, il tourne le dos à sa carrière pour se consacrer à la gastronomie avec sa femme Albertine. Il transforme le Petit Nice en hôtel de standing, creuse une piscine d’eau de mer, et gagne une étoile au Michelin en 1977 puis une seconde en 1981. À l’aube du nouveau millénaire, son fils unique Gérald Passédat revient dans le giron familial et décroche sa 3e étoile en 2008 avec une cuisine radicalement différente de celle de son père. Jean-Paul, lui, continuera à vivre au Petit Nice dans lequel il avait un appartement.