Restaurants en Provence

Matière brut, une table au plaisir brut de décoffrage

Matiere brutUn mot pour résumer l’endroit : contraste. Contraste d’abord entre l’atmosphère discrète de cette ancienne boulangerie relookée par l’agence d’architecture des Architectrices et la chaleur qui anime cette bande de cuisiniers, Jérémy Julien, Jordy Pons et Mathieu Dugas, qui sont allés chercher, en la personne d’Elsa Rigal, leur ambassadrice en salle. De la matière, béton, bois lisse, murs défoncé et végétal… Cette alternance contraste avec la cave apparente et les suaves propositions étiquetées en vitrine : le superbe domaine de Montirius (à Sarrians dans le Vaucluse), un soviétisant Chemin de Moscou forcément rouge (2015, pays d’Oc dans l’Aude) et un très droitier domaine d’Aigues-Belles cuvée lombarde 2015. On respire les goûts et centres d’intérêts d’un certain Edouard Mireur, plus grand seigneur que jamais, (le Chicoulon rue Grignan) en charge de la cave et qui a laissé vagabonder quelques bouteilles de son rosé éponyme en guise de signature.

Matiere brutEt la carte ? Au déjeuner, elle est virile, elle montre ses muscles, c’est une cuisine d’hommes qui reviennent du travail. Le style est étonnamment contrasté là encore, donnant l’impression de savourer la Une du magazine Beef “le magazine des hommes qui ont du goût”. On sent poindre la tradition des cuissons longues, tende de tranche de boeuf façon alouette sans tête, et celle des retours de chasse, cuisse et râble en jus réduit-crème moutarde. Parce qu’on est à Marseille, il nous faut humer du côté de la mer : le maigre et amandes de mer s’enveloppent d’un fumet crémé au poivre kampot torréfié. Très fort. Et puis il y a la douceur de l’exécution, le gras suave de cette sauce au vin rouge qui accompagne la volaille de Bourgogne et son ail confit. On respire le Sud-Ouest à plein nez et on envoie chier tous ceux qui ont peur du goût. Pas de manières, la tête d’ail est tranchée à vif, nappée d’huile et enfournée pour nous parvenir fondante exhalant à plein ses arômes. La polenta généreuse rappelle cette cuisinière d’une pension de famille qui, grosse et transpirante, en fin de service, venait embrasser les enfants dans son restaurant et leur donner des bonbons… Bonheurs d’enfance.

Matiere brutCette cuisine est rassurante et réenchante le quotidien urbain. Oui, on peut écouter “Do It, Try It” de M83 et aimer les plats paysans, ceux qui donnent à manger, loin des codes tartignoles de ces prétentieux qui dressent leurs assiettes à coups de pinces à épiler. Côté desserts, la team brutale a demandé à la copine Sabrina Guez de leur glisser un dessert de derrière les fagots, signe ultime de son bon goût et de cette volonté de sortir des sentiers battus. Mais la profiterole est trop tentante, grosse boule de crème glacée au caramel très intense nappée d’un chocolat de couverture à 70% seulement fondu et servi chaud. Pas de chichi on vous a dit ! Pas une misérable pauvre cuillère, non non, une louche presque ! Un chocolat épais, pas dilué à l’eau, et des noisettes concassées à l’envi. Pas une pincée, non, non, une poignée !

Matiere brutAlors faut-il y aller ? On y court au déjeuner pour un repas rapide mais les pieds bien campés sur terre. Le soir, la carte se raffine. On imagine une faune citadine, branchée, lookée, qui compose de grandes tablées où tous les genres cohabitent. Matière brut incarne cette nouvelle tendance de restaurants qui donnent à manger à leurs clients. Un restaurant qui raconte les nouvelles exigences de l’époque.

Matière brut, 4, bd Bompard, Marseille 7e ; infos au 07 85 62 61 00. Déjeuner 25-30 €. Soir, 40 € env.

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Vite lu, vite su

chicoulon Chicoulon descend dans la rue Edouard Mireur et toute l’équipe du Chicoulon font sauter les bouchons le 21 novembre prochain. La rue Grignan sera fermée à la circulation auto de l’angle de la rue Breteuil jusqu’à la place Lulli. De 19 heures à 23 heures, dans un décor de bottes de pailles, guirlande guinguette et petites tables renouant avec l’ambiance place de village, un DJ fera monter le son… Trois beaujolais rouges d’appellation (un fleurie, un chiroubles et un morgon) un un beaujolais blanc contribueront à l’ambiance. “Ce sera la fête du beaujolais, on va faire bouger le centre-ville”, assure Edouard qui, pour la soirée, a demandé à tomy de préparer des planches et cornets de charcuteries et fromages. Comptez 20€ la bouteille, 5 et 10 € les fromages et charcuteries. Pour toute info, cliquer ici.

Pierre Onde Pierre Onde au restaurant du Novotel Avignon centre Depuis le mois de juillet dernier, date de son arrivée, le jeune cuisinier de 37 ans conduit une brigade de 8 personnes avec l’ambition de hisser la table du Patio au meilleur niveau et l’espoir d’entrer dans les guides gastronomiques. Pour y parvenir, Pierre Onde a revu son panel de fournisseurs pour être au plus près des produits locaux et de saison (poissons de Méditerranée, agneaux des Alpilles, porcs du Ventoux et fruits et légumes du Vaucluse). Très influencé par les cuisines provençale et corse, Pierre Onde a repensé la carte en mode cuisine méditerranéenne et bistronomique. La carte des vins, elle aussi, est désormais très marquée par les grandes appellations de la vallée du Rhône. Fleurs de courgette farcies, thon snacké, gibier en automne… le chef, issu de l’école hôtelière d’Avignon a fait ses armes auprès des frères Jacques et Laurent Pourcel avant de rejoindre le Cloître Saint-Louis. L’année qui commence sera décisive. Restaurant le Patio, Novotel Avignon centre, 20, bd Saint Roch ; infos au 04 32 74 70 22.

promo soirée 21 novembre