
Les camions ont leurs routiers, les dockers leurs bars secrets. En plein port autonome, le bar des Messageries est de ceux-là. Une adresse tellement discrète qu’elle n’a pas d’enseigne. Tout juste une façade et une terrasse noires. La moiteur de l’air ambiant incite à manger en salle, pas de réservation, c’est inutile. Marie désigne une table : – Tiens mets-toi là, je vais m’occuper de toi ». Sympathie et tutoiement obligé. On se sent complice, initié, presqu’ami. D’une table à l’autre, que des habitués. Tout le monde se parle : transitaires, dockers, ouvriers, mécaniciens, marins, l’ambiance est cool.
Côté décor seul un bar avec sa façade en bois vernis attire le regard. Marie annonce d’un seul trait : salade césar, pâtes au basilic-burrata, chise ou fiche burgueur, pavé de bœuf, moules marinière-frites, tartare de bœuf. Ce sera un chise burgueur. « C’est un bon choix », dit-elle en partant porter la commande en cuisine.
Burger bombé
Le burger est bombé, il déborde de sauces et peine à cacher une viande hachée de 180 grammes, encore juteuse. Les tranches de tomates, comme d’oignon, la salade, tout est frais du jours. Ça dégouline de fromage dès qu’on plante fourchette et couteau dedans. Les frites sont certainement parmi les plus belles et les meilleures qu’on puisse chercher à Marseille. Epluchées et taillées à la main par Marie, cette dernière ignore probablement qu’elles ont une taille « pont-neuf ». Les cristaux de sel brillent dessus, elles croustillent sur les arrêtes, sont dorées comme un coucher de soleil, et fondantes en leur cœur.


Bar des Messageries, un routier portuaire
Marie aurait voulu que l’assiette reparte vide, ça n’a pas été possible. Tiramisu « mais à notre façon », crème brûlée ou mousse au chosolat, on avait le choix. Présentée dans un bocal Le Parfait, cette dernière est, elle aussi, faite maison. La cuillère est lourde, la bouche dense. Un peu sucrée mais c’est un péché veniel, après tout, c’est un dessert non ?!
Alors, faut-il aller au bar des Messageries ? On pourrait dire que c’est une adresse de passage et pas une adresse de destination. Pas faux ; mais les maisons qui aiment leurs clients ne sont pas si nombreuses et celle-ci montrera, par l’exemple, ce que doit être un restaurant, bar, auberge, routier, peu importe. Vous y apprécierez une cuisine familiale, son café au goût marseillais et vous mesurerez combien les pitreries du centre-ville sont dérisoires. Marie vous touchera comme elle a su nous émouvoir. Rare.
Bar des Messageries, 8, bd des Bassins de Radoub, Marseille 2e arr. ; infos au 04 91 92 37 43. Déjeuner 20-30 €.






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