En direct du marché

La brousse du Rove enfin protégée par une AOC

brousses du Rove

Il aura fallu onze ans ; onze années d’une énergie sans faille pour convaincre, expliquer, persuader et finalement décrocher une AOC. La brousse du Rove jouit désormais d’un rempart contre les salauds qui ont galvaudé son nom, maltraité sa qualité et foulé au pied toute morale sur l’autel de leur seul profit. Pour la France, un décret et dès que le dossier sera transmis à Bruxelles, une fois validé par la commission, on parlera enfin de l’AOP brousse du Rove.
Et il revient de loin ce fromage qui porte le nom d’un village aux portes de Marseille et des chèvres aux cornes de lyre dont le précieux lait assure son goût inimitable ! « Elle a été sauvée de l’extinction au sortir de la Seconde Guerre mondiale aux heures où seul le rendement comptait, raconte Mayalen Zubillaga qui vient de signer un ouvrage remarquable aux éditions de l’Epure à la gloire de la brousse du Rove. Quelques producteurs de brousse ont, contre vents et marées, tenté de sauver l’espèce ainsi que des bergers transhumants de la Crau qui cultivaient une tendresse pour cette chèvre ».

brousse du Rove

C’est la fin du grand n’importe quoi

Le livre qui vient de sortir à la gloire de la brousse du Rove et de ses chèvres, répond à la volonté du fonds épicurien qui a souhaité aider le mouvement Slow food dans son action. Le projet d’un livre a rapidement surgi, les éditions de l’Epure se sont mises sur les rangs. Le résultat est enthousiasmant ; le livre est riche de photos, de recettes, de témoignages et d’une écriture en forme de lyre, lyrique et élégante.
Le sentiment rebelle fait parfois des merveilles. L’AOC brousse du Rove couvre désormais la quasi-totalité du territoire des Bouches-du-Rhône avec quelques débords dans le var et en Vaucluse : « Ce sont les terres couvertes par du chêne kermès avec continuité territoriale » précise Mayalen Zubillaga. Première conséquence de l’AOC, tous ceux qui vendaient n’importe quoi avec l’étiquette brousse du Rove, vont très vite s’arrêter mais d’autres combats se profilent : « L’objectif, c’est d’inciter des jeunes à s’installer, affirme Mayalen Zubillaga, car il y a trop de demande et pas assez d’offre ; c’est l’un des rares secteurs de l’agriculture où on a besoin des jeunes avec la possibilité de vivre de son travail même si les semaines de 90 heures ne sont pas rares »
L’équation est simple : il faut un terrain sur lequel construire une chèvrerie, une fromagerie et une maison pour le chevrier et sa famille. L’ensemble doit être ceint de collines vastes puisqu’on compte 1 hectare pour deux chèvres au moins. « Je n’ai jamais entendu les chevriers de Rove juger leurs collègues agriculteurs ni fustiger l’agriculture intensive souvent subie, rarement choisie, assure la journaliste. Ce sont des agriculteurs enthousiastes, dans le partage de leur bonheur de vivre ».

Dans le droit fil des grands principes Slowfood, la brousse du Rove est bonne, propre et juste. Bonne parce que délicieuse, propre car elle respecte et valorise l’environnement, juste car elle permet aux chevriers de vivre de leur travail dignement. « J’ai grandi à Châteauneuf-les-Martigues et je n’ai pas le souvenir d’avoir mangé des brousses du Rove quand j’étais enfant, confesse Mayalen Zubillaga. Ma rencontre avec André Gouiran, dernier chevrier du Rove au Rove a été très marquante. Il m’a fallu plus d’un an de rencontres avec les 7 chevriers du territoire et deux-trois mois pour écrire »… La brousse du Rove et ses 7 défenseurs méritaient un tel hommage.

« Brousse du Rove, l’appel des collines », de Mayalen Zubillaga, 72 pages, éditions de l’Epure, 15 €.

Photos © Vincent Augier et DR

3 Comments

Click here to post a comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  • Très bon article mon Cher Pierre. Je me sers chez Laurence Chaullier sur Aix tous les dimanches. Tu trouveras de belles recettes avec ces produits d’exception sur mon blog.

    • Salut Magali ! Merci pour tes encouragements et je vais illico puiser l’inspiration chez toi. Bises

  • Je suis aux anges en lisant cet article; enfin, les « brousses du Rove » reconnues et protégées.
    Je me souviens quand j’étais toute petite un chevrier passait dans les rues de Marseille avec
    un grand panier en criant » les brousses du Rove  » . On les vendait à l’unité. Quel régal.

Abonnez-vous à notre newsletter

Suis-nous sur les réseaux

Vite lu

Le Val labellisé. Avec l’aide du conservatoire méditerranéen, le maire de la commune du Val dans le Var, Jérémy Guiliano, vient de lancer un programme de préservation du Boussarlu, une variété endémique d’oliviers menacée de disparition. Pour un montant de 4 000 €, en plus de fonds européens, le maire veut reconnecter sa population avec ses oliviers et relancer toute une filière. Et pour commencer, le Val vient d’être labellisé « commune oléicole de France ».

(Encore) un nouveau directeur aux Roches Blanches. Comme chaque année, l’hôtel restaurant cassidain présente son nouveau directeur. Il s’agit d’Emmanuel Blanchemanche qui a quitté la direction du domaine de Verchant, près de Montpellier, pour Cassis. « Je suis très heureux de me lancer dans ce nouveau projet de vie, de  surcroît dans cet environnement exceptionnel. Pouvoir écrire un nouveau chapitre pour ce lieu mythique est un privilège et j’ai suivi les conseils de Winston Churchill, qui a résidé aux Roches Blanches : pour s’améliorer, il faut changer. Donc, pour être parfait, il faut avoir changé souvent ». Il n’est pas sûr que dans l’hôtellerie et la restauration ces changements perpétuels soient très rassurants pour les clients.

Sébastien Sanjou au château Mentone. Le chef varois rejoint pour l’été le domaine viticole de Mentone et y ouvre « la Table de Mentone ». Dès les beaux jours arrivés, la table est dressée en extérieur, face au vignoble et aux forêts qui le bordent. La ferme-auberge promet de conjuguer convivialité et partage avec des menus d’esprit provençal composés avec les légumes et herbes fraîches du potager, les fruits des vergers, olives de l’oliveraie du domaine et les œufs du poulailler. Viandes et volailles, fromages et charcuteries sont, eux, issus de producteurs locaux. Les vins de la propriété, classés Côtes de Provence bio, accompagnent les menus. En mai et juin, ouverture du mercredi au dimanche au déjeuner et du mercredi au samedi au dîner.
Château Mentone, 401, chemin de Mentone, 83510 Saint-Antonin du Var ; infos au 04 94 04 42 00.