Saint-Tropez

► Gigi, l’été peut commencer.- Sous la pinède de Saint-Tropez, dans une ambiance « maison de famille » où le temps semble s’être arrêté, le décor raffiné signé Hugo Toro invite au farniente les pieds dans l’eau. Parce que la détente passe aussi par l’assiette, Gigi dévoile une délicieuse cuisine de bord de mer et les incontournables de la Botte : pêche du jour, pizzas et pâtes inspirées, charcuteries choisies, petits artichauts et arancinis. Une carte à découvrir tous les jours au déjeuner et au dîner au son d’une playlist ensoleillée mêlant Dalida et Brigitte Bardot in italiano, interprétée en live par des artistes de talent. Côté flacons, direction la Vineria di Gigi, au milieu du jardin, pour un voyage surprenant. Ici, Gigi propose à ses hôtes un large choix de vins français et italiens.
Gigi Ramatuelle, 1050, chemin des Barraques, 83350 Ramatuelle ; infos au 04 22 40 00 30

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Nice

► Saturday Seafood et Jazz et Riviera Sundays brunch sur le rooftop de l’Anantara.- Chaque week-end, le rooftop de l’Anantara Plaza Nice hôtel devient le théâtre de rendez-vous gastronomiques incontournables. Le samedi, le Saturday Seafood and Jazz propose un généreux buffet de la mer composé d’huîtres, poissons frais, tartares, charcuterie artisanale et desserts, à savourer face à la Méditerranée, porté par une ambiance jazz en live. Le dimanche, le Riviera Sundays brunch invite à un voyage culinaire aux influences méditerranéennes et asiatiques, mêlant sushis, fruits de mer, fromages et desserts, dans une atmosphère élégante rythmée par la musique live. Le buffet de desserts est signé Philippe Tayac, apportant une touche pâtissière contemporaine à cette expérience gourmande.
• Anantara Plaza Nice hôtel, 12, avenue de Verdun , 06000 Nice ; infos au 04 93 16 75 75.

Marseille

Pain Pan à l’opéra. Les boulangers de Pain Pan s’installent dans les locaux des Frères Brioche, angle rue de la Tour et rue Saint-Saëns. Le dépôt de pain proposera des sandwiches et quelques spécialités ; il sera ouvert même le dimanche.

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Avec Joëlle Zask, comment nourrir sans asservir ?

Dans son dernier essai, la philosophe Joëlle Zask se demande comment nourrir sans empoisonner, aider sans asservir
Pieter Brueghel dit le Jeune – Banquet
PHILOSOPHIE « Donner à manger » est un geste quotidien, universel, plurimillénaire mais ce geste simple en apparence engage notre responsabilité la plus fondamentale : maintenir l’autre en vie et lui permettre de mener cette vie dignement. Dans son dernier essai, la philosophe Joëlle Zask observe notre environnement moral et matériel ; du biberon à la distribution alimentaire en passant par les cantines scolaires, cette marseillaise se demande comment nourrir sans empoisonner, aider sans asservir, concilier nécessité et liberté. « Car trouver la juste manière de nourrir autrui, avance-t-elle, c’est s’orienter vers une société plus juste et plus démocratique ». Entretien avec le Grand Pastis.

Le Grand Pastis : En quoi le fait de donner à manger à des enfants engendre des êtres « véritablement humains ? »
Joëlle Zask : Donner à manger est indispensable pour se développer, grandir, arriver à une maturité pour survivre. Il y a une nécessité absolue de manger pour vivre car ce qui ne mange pas meurt. La question est de savoir quelle est la bonne manière de donner à manger afin que nos enfants développent des aptitudes afin qu’ils deviennent eux-mêmes et non qu’ils se ressemblent tous ou qu’ils soient dépendants de tout un système.
Toutes les espèces ont une manière particulière de donner à manger à leurs petits. Ce qui est inquiétant dans l’humanité c’est que, comme le disait déjà Rousseau, elle a assez peu d’instinct et peut embrasser des techniques extrêmement différentes y compris des techniques de déshumanisation. Il y a une différence entre manger et donner à manger, une action et une réception. De nos jours, on se préoccupe beaucoup de manger : on cuisine, on reçoit des amis, on va au restaurant mais la plupart des conditions d’accès à la nourriture ne sont pas interrogées et c’est un problème. Un gouffre de creuse entre les recommandations du bien manger d’un côté et, de l’autre, l’organisation des conditions d’accès à la nourriture.

Le Grand Pastis : Vous dites qu’aujourd’hui, la relation entre ceux qui donnent à manger et ceux qui mangent est asymétrique…
J.Z.: Je dirai « dis-moi qui te donne à manger ou ce qu’on te donne à manger et je saurai finalement quelque chose de ta condition sociale ». Je pense que beaucoup de cuisiniers s’occupent de l’acte de donner à manger mais c’est un acte qui n’appelle pas de contretemps, c’est un acte qui est profondément asymétrique. On n’est pas là dans l’égalité, la réciprocité et le partage. Comme la mère ne boit pas le lait qu’elle donne à son enfant, je crois que cette asymétrie est intéressante à interroger parce que c’est précisément dans cette relation que beaucoup de violence et de douceur vont se jouer.

la philosophe Joëlle Zask

« La démocratie au sens de mode de vie, au sens du faire ensemble, au sens du vivre ensemble, a pour objectif principal le fait de doter chacun des moyens de sa propre indépendance »

Joëlle Zask, philosophe, auteur de « Donner à manger – Politique d’un geste ordinaire »

Le G.P. : Vous écrivez que l’aliment est un ennemi de la nourriture.
J.Z. : L’aliment ne transforme pas ce qu’il alimente ; l’aliment vient de l’extérieur et joue un rôle qui est prédéfini par la chose qui l’alimente. Ainsi, l’essence alimente le moteur, on n’attend pas de l’essence qu’elle transforme le moteur. La nourriture, elle, transforme ce qu’elle nourrit. Il y a dans la nourriture quelque chose qui fait grandir, quelque chose qui rend libre, qui augmente les possibilités de ce qu’elle nourrit ce n’est pas le cas de l’aliment. A travers le développement de l’industrie agroalimentaire, nous sommes confrontés à une transformation de la nourriture en aliments.

Le G.P. : Loin d’être cette substance universelle, égalitaire qui nourrit tout homme, matériellement ou spirituellement, le pain demeure un marqueur de forte différenciation sociale et d’inégalité…
J.Z. : Le pain, c’est la nourriture de base. Il symbolise aussi l’acte de donner à manger comme le roi le pharaon donne du pain à son peuple, comme le prêtre donne du pain à ses ouailles. Il a toujours existé toutes sortes de pains, avec des pains au sommet de la hiérarchie et des pains méprisés. Revenir sur ces distinctions permet de rentrer dans le concret. Les néo boulangers ont revisité entièrement cette espèce d’abstraction qu’était devenu le pain. On est passé de la baguette blanche caoutchouteuse, très peu nourrissante, qui nous alimentait à de très bons pains qui nous nourrissent. joelle zask

Le G.P. : Selon vous, la plus grande des justices consiste à donner à manger au plus faible pour renforcer sa main afin qu’il n’ait plus besoin des autres. Mais en donnant à manger on maintient le destinataire dans un état de grande vulnérabilité ? « Nourrir le peuple », voilà une expression altruiste, mais infantilisante…
J.Z.: Recevoir à manger d’un donateur est indispensable parce qu’aucun d’entre nous ne peut produire la totalité de la nourriture dont il a besoin. Nous naissons bébé extrêmement dépendant d’un don de nourriture. Mais il y a plusieurs manières de donner à manger qui permettent plus ou moins de parvenir à l’indépendance ou à l’autonomie. La question est celle-ci : comment j’adapte mon geste de donner à manger ? Je donne à manger mais je dois préserver l’indépendance de celui/celle à qui je donne à manger, comment je peux l’amener sur le chemin de l’indépendance. Et là, il y a toutes sortes de mécanismes qui peuvent être inventés. On concilie la nécessité de manger avec la liberté de chacun. Mon travail recherche l’équilibre entre nécessité et émancipation ou liberté.

« Le pain a toujours été un marqueur de différenciation sociale »

Joëlle Zask

Le G.P. : Vous parlez de l’addiction comme d’un outil de contrôle des mangeurs. Comment contrer les stratégies mises en place par les grands groupes de l’agroalimentaire pour nous contrôler ?

Simone Weil parlait d’une « obligation éternelle » ; avant la justice ou le respect, il y a le pain de l’autre. Pourtant, l’humanité est malade de son alimentation…. Samedi 14 mars à 17h30, Joëlle Zask parlera de son essai et répondra à vos questions à la librairie de la Friche Belle-de-Mai, 41, rue Jobin, Marseille 3e arr.
J.Z. : Par l’éducation ; ça peut commencer bien sûr dans les cantines scolaires si tant est qu’elles soient soucieuses de ce problème. Ça passe aussi par la contraction de nouvelles habitudes ; finalement seule l’action est synonyme de liberté et d’indépendance et ce n’est que par l’action que les « vendeurs » reviendront sur leurs habitudes. Ce qui est en jeu, c’est presque un changement de civilisation. Notre civilisation dite industrielle ou post-industrielle est une civilisation qui invisibilise les problèmes matériels au profit d’une spiritualisation dans la mesure où nous faisons un usage de notre raison, de notre intelligence et de notre spiritualité. Dans ce contexte, la question de manger est un peu méprisée alors que ce qui nous fait vivre véritablement une vie pleinement épanouie doit être valorisé.

Le G.P. : Quel rôle l’État devrait-il jouer, selon vous, pour garantir un accès équitable à une nourriture de qualité, sans tomber dans les écueils du despotisme étatique et du libéralisme débridé ?
J.Z. : Il faut réinstaurer de l’auto-gouvernement local et l’accompagner. Je renvoie dos à dos le libéralisme (qui privatise la question de la nourriture qu’il abandonne à des groupes privés ou des comportements privés) et, à l’opposé, l’état absolutiste qui thésaurise la nourriture et la dispense un peu à son à son rythme et suivant son bon vouloir. La forme politique qui est la plus adaptée à la culture du bien donner à manger c’est la démocratie, parce que la démocratie au sens de mode de vie, au sens du faire ensemble, au sens du vivre ensemble, a pour objectif principal le fait de doter chacun des moyens de sa propre indépendance.

« Donner à manger – Politique d’un geste ordinaire », de Joëlle Zask, essai philosophie, 192 pages, Premier Parallèle Ed., 17 €.

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